Blog de l' association "La bannière d' Yvetot" Compagnie de reconstitution Normande fin 14ème
Le royaume de Sicile est fondé par les Normands sur plusieurs décennies, du XIème au XIIème siècle. Il y a deux Siciles : la Péninsulaire ( en-deçà du Faro) et l’île elle-même ( au-delà du Faro) .
La dynastie fondatrice vient des alentours de Coutances ; les Hauteville sont venus chercher la gloire en Italie. Ils deviennent comte de Pouille puis , de 1061 à 1091, ils conquièrent l’île de Sicile. En 1130, les possessions des Normands deviennent le royaume de Sicile.
Le troisième roi n’a pas d’enfants légitimes donc la sœur de son père doit hériter. Mais elle est mariée à l’empereur germanique et ni le peuple ni les ministres siciliens ne veulent des Allemands. Ils élisent donc comme souverain l’amiral de la flotte, Tancrède de Hauteville, le petit-fils bâtard du premier roi. Il repousse quatre tentatives d’invasions allemandes mais ne laisse qu’un bébé comme successeur sous le nom de Guillaume III. L’empereur germanique envahit le royaume, fait aveugler l’enfant et prend sa place en 1194. Les Hohenstaufen héritent des Hauteville . En 1229, ils deviennent rois de Jérusalem. Cet autre titre restera désormais lié à la couronne de Sicile.
Manfred de Hohenstaufen, le quatrième de cette dynastie, est excommunié par le Pape qui s’arroge le droit de nommer un prince français , Charles d’Anjou, à sa place. Avec une puissante armée Charles bat et tue Manfred à Bénévent en 1266. Il liquide cinq autres Hohenstaufen et règne sur tout le royaume. Quoiqu’il descende par les femmes des Hauteville, il est un usurpateur. Le massacre de ses soldats par le peuple de l’île lors des Vêpres Siciliennes, en 1282 , met le gendre de Manfred sur le trône. Les Aragon héritent des Hohenstaufen. Toutefois les Anjou gardent la Sicile en-deçà du Faro. Pour ceux qui n’ont pas bien lu l’introduction, il s’agit de la partie continentale avec des villes comme Naples ou Bari…Désormais les Aragon vont sans cesse tenter de recouvrer ces territoires perdus sur des Anjou divisés en plusieurs branches ennemies.
Ils y parviennent à la septième génération : l’obstination paie ! Alphonse d’Aragon règne à Naples comme à Messine. Mais c’est un père aimant puisqu’il laisse la partie reconquise à son fils naturel , divisant à nouveau les terres de ses ancêtres normands. Deux branches des Aragon règnent sur les deux Siciles.
Deux invasions françaises durant la Renaissance vont mettre fin à la branche péninsulaire. La défaite finale des Français permet aux Aragon de l’île de reprendre pied à Naples, lésant au passage les droits de leurs cousins naturels. Ferdinand est déjà roi d’Aragon , sa femme l’est de Castille, il annexe le royaume musulman de Grenade et envahit la presque totalité de la Navarre : l’Espagne est unifiée et c’est son gendre, Philippe, qui en hérite. Les Habsbourg héritent des Aragon.
A force de se marier entre parents proches les Habsbourg d’Espagne-Sicile disparaissent en 1700, et leur succession convoitée suscite une guerre européenne dont le passif n’est purgé qu’une trentaine d’années plus tard. Philippe de Bourbon, petit-fils d’une Habsbourg d’Espagne, devient finalement roi de Sicile mais abandonne ce royaume à son fils puîné, afin qu’il redevienne indépendant, en 1738. Les Bourbon-Sicile héritent des Habsbourg .
Malgré la république proclamée et l’invasion française de Naples, l’île n’est pas envahie et les Bourbon-Sicile attendent tranquillement la défaite de Napoléon, puis celle du roi Murat pour régner à nouveau sur les deux Siciles en 1815. Le répit est de courte durée. Les " Deux-Siciles ", le nom officiel désormais, vont se retrouver la proie des vues piémontaises. Le royaume de Piémont-Sardaigne profite du soutien de Napoléon III pour annexer les unes après les autres les autres monarchies d’Italie. Pour digérer une aussi grosse proie que l’antique royaume des Deux-Siciles, il faudra livrer une vraie guerre. Le Niçois Garibaldi parvient à débarquer avec quelques centaines d’hommes en Sicile tandis que l’armée piémontaise va attaquer au Nord. Prise entre deux feux , abandonnée par les Puissances , l’armée bourbonienne va devoir abandonner sa dernière forteresse le 20 mars 1861.Le royaume des Hauteville disparaît. La guérilla anti-piémontaise commence et durera jusqu’en 1870, elle fait plus de morts que la guerre elle-même.
De l’été 1943 à février 1944, le sud de l’Italie étant sous gouvernement anglo-américain, un administrateur , George Gayre, imaginera de restaurer l’ancien royaume de Sicile par solidarité entre descendants de Normands, sans suite. La déception née du retour de l’administration italienne provoque le départ vers le maquis de quelques dizaines de Siciliens qui luttent pour l’indépendance de l’île et arborent la Trinacrie sur le col de leurs uniformes.
Canepa, Gallo puis Giuliano seront les figures célèbres de cette guérilla achevée en 1950 avec la mort du dernier.
Leur combat n’a pas été vain car il permet l’autonomie de la Sicile en 1948.
Liste des rois de Sicile :
Figurent ici tout ceux qui ont porté ce titre , ou l’une de ses variantes, en ayant effectivement régné sur une partie du territoire des deux Siciles. Ce qui concerne la Sicile péninsulaire , seule usurpée par les Anjou à partir des Vêpres de 1282 , est en italique. La situation y est très instable, deux prétendants pouvant y régner en même temps, mais juste sur le territoire tenu par leurs armées respectives.
ROGER , comte de Sicile de 1062 à 1101.
ROGER II, son fils, comte puis roi de Sicile de 1101 à 1154.
GUILLAUME I , son fils, 1154-1166
GUILLAUME II , son fils, 1166-1189
TANCREDE , son cousin germain , 1166-1194
GUILLAUME III , son fils , 1194
HENRI ( VI empereur germanique ) , gendre de Roger II, 1194-1197
FREDERIC I ( II empereur germanique ) , son fils, 1197-1250
CONRAD , son fils, 1250-1254
CONRADIN , son fils, 1254-1258
MANFRED , son oncle, 1258-1266
CONRADIN, son neveu, second règne 1266-1268
CHARLES , usurpateur, 1266-1282 et 1282-1285
PIERRE , gendre de Manfred, 1282-1285
JACQUES I , son fils, 1285-1296 CHARLES II, fils de Charles, 1285-1309
FREDERIC II , son frère, 1296-1337 ROBERT , son fils, 1309-1343
PIERRE II , son fils , 1337-1341
LOUIS , son fils , 1341-1355 JEANNE , sa petite-fille, 1343-1382.LOUIS ( I de Hongrie et de Pologne), son cousin,1347-1348. LOUIS , son époux, 1352-1362.
FREDERIC III, son frère, 1355-1377.
PIERRE III ( IV d’Aragon ) , son beau-frère, 1377-1391
MARTIN I, son petit-fils, 1391-1409 CHARLES III, 1382-1386, petit-neveu de Robert I. LOUIS, arrière petit neveu de Robert I et cousin du précédent, 1383-1384. LADISLAS, fils de Charles III , 1386-1414.
MARTIN II ( I d’Aragon ) , son père ( eh, oui ! ) , 1409-1410 LOUIS II , fils de Louis, 1411.
FERDINAND ( I d’Aragon ) , son neveu , 1412-1416 JEANNE II, sa sœur,1414-1435.
ALPHONSE I ( V d’Aragon ) , son fils, 1416-1458 LOUIS III 1424-1434, fils de Louis II. RENE, son frère, 1434-1442.
JEAN ( II d’Aragon ) , son frère, 1458-1479. FERRANTE, fils d’Alphonse I, 1458-1494
FERDINAND II ( II d’Aragon ) , son fils, 1479-1516 ALPHONSE II, son fils, 1494-1495. FERRANDINO, son fils, 1495-1496. FREDERIC IV, son oncle, 1496-1501. CHARLES IV ( VIII de France ) , petit-neveu de René, 1494-1497.LOUIS IV ( XII de France ), arr. petit neveu de Louis I, 1501-1504.
CHARLES IV ( V empereur germanique, I d’Espagne ) , son petit-fils, 1516-1554
PHILIPPE I ( II d’Espagne ) 1554-1598
PHILIPPE II ( III d’Espagne ) 1598-1621
PHILIPPE III ( IV d’Espagne ) 1621-1665 Henri , duc de Naples 1647-1648 , descend à la 7ème génération de René.
CHARLES V ( II d’Espagne ) 1665-1700
LEOPOLD ( I empereur germanique ) , neveu de Charles V, 1700-1703
CHARLES VI ( VI empereur germanique ) , son fils, 1703-1713 ; 1713-1720 ; 1720-1734
VICTOR-AMEDEE , usurpateur, 1713-1720
PHILIPPE IV ( V d’Espagne ) , petit-neveu de Charles V, 1734-1738
CHARLES VII ( III d’Espagne ) , son fils,1738-1759
FERDINAND IV ( revenu à I ) , son fils, 1759-1825 JOSEPH-NAPOLEON, usurpateur, 1806-1808. JOACHIM-NAPOLEON, son beau-frère, 1808-1815.
FRANCOIS I , son fils, 1825-1830.
FERDINAND II , son fils, 1830-1859
FRANCOIS II, son fils, 1859-1861.
Cette liste, qui se prétend exhaustive en l’état actuel des connaissances historiques, peut également servir de support à ceux qui souhaitent mener une étude sur la numismatique sicilienne. Ce thème est extrêmement passionnant dans la mesure où l’on peut constater qu’il y a une succession légitime ininterrompue pendant plus de huit siècles à côté d’une usurpation tenace (descendants des Capétiens " d’Anjou " ) qui tente sa chance du XIIIème au XVIIème siècle. Il est à noter qu’un prince Murat , fils de Joachim-Napoléon I , a mollement tenté de récupérer la couronne de son père en 1861, profitant de la chute de François II.
Par J-G Duflot, février 2009